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Unikin : L’ECRIMINO mobilise la recherche pour valoriser les mécanismes coutumiers de résolution des conflits au Kongo-Central

Joël NZAMPUNGUSat Mar 28 2026

Unikin : L’ECRIMINO mobilise la recherche pour valoriser les mécanismes coutumiers de résolution des conflits au Kongo-Central

L'Université de Kinshasa, à travers son Ecole de Criminologie, ne se contente plus de scruter l'horizon des théories lointaines ; elle s'immerge désormais dans le terreau fertile de nos terroirs pour y puiser une sagesse ancestrale.

Après avoir arpenté les ruelles et les méandres de Mbandaka dans l'Equateur, et sondé les cœurs résilients de Mbunya au sein de la ville de Bunia pour y dresser des Diagnostics Locaux de Sécurité (DLS), l'Ecole de Criminologie poursuit son pèlerinage intellectuel.

Aujourd'hui, c'est sous le ciel de la province du Kongo-Central que cette quête de vérité s'ancre, portée par une ambition noble : co-construire un savoir endogène, là où la parole du sage rencontre la rigueur du chercheur.

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Ce voyage au cœur de l'identité kongo s'inscrit dans un dialogue sacré entre le FONAREV (Fonds National de Réparation des Victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité) et l’Université de Kinshasa, sous l'égide de son Recteur, le Professeur Jean‑Marie Kayembe.

Cette recherche intitulée « Etude anthropologique et sociologique des us et coutumes constructifs et leur mobilisation dans la résolution des conflits au Kongo Central », est un acte de résistance contre l'oubli. Elle vise à exhumer et à magnifier les pratiques coutumières qui, depuis des siècles, agissent comme des sutures sur les plaies de nos communautés, prévenant l'éclatement et restaurant l'harmonie.

Depuis les dernières lueurs de février 2026, des chercheurs de l’école de criminologie, tels des scribes de l’oralité, dans une démarche qualitative, ont parcouru les collines et les vallées de cette province de Kimpa Mvita. Pendant plus d'un mois, ils ont écouté le souffle des anciens et recueilli les murmures de la terre.

A travers des entretiens semi-directifs, des focus groups, des récits de vie et l’observation directe, ils ont documenté l'invisible : ces mécanismes de régulation sociale qui ne s'écrivent pas dans les codes de loi, mais se transmettent par le sang et la parole. Cette phase d'immersion a permis de dresser une cartographie humaine des conflits et des remèdes que la tradition porte en son sein.

La méthode d'analyse en groupe (MAG)

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Du 26 au 28 mars 2026, les échos de cette recherche ont trouvé une résonance particulière dans la salle de conférence de l’Hôtel Hirode, à Matadi. Sous la direction éclairée du Professeur Ordinaire Raoul Kienge-Kienge, Directeur de l’Ecole de Criminologie, un atelier scientifique de méthode d’analyse en groupe (MAG) a réuni une constellation d'acteurs :

Ensemble, ils ont tissé le répertoire des tensions locales, mais surtout, ils ont tiré la sonnette d'alarme. Ils ont constaté, avec une mélancolie lucide, la lente érosion de nos « us et coutumes constructifs ». Sous les coups de boutoir de l’urbanisation galopante, de l’exode des fils de la terre, et des mutations économiques imposées par des géants de béton (comme le futur port en eau profonde de Banana), les vieux ponts de la conciliation traditionnelle menacent de s'écrouler.

L’Ecole de criminologie de l’Université de Kinshasa, par cette démarche interdisciplinaire où se mêlent criminologie, anthropologie et sociologie, ne se contente pas d'archiver le passé. Elle réaffirme que la science, pour être véritablement utile, doit savoir s'incliner devant la sagesse des ancêtres. Car en République démocratique du Congo, la paix de demain ne se construira pas uniquement avec des encres étrangères, mais en puisant dans l'encre indélébile de nos propres racines. C’est là, dans le respect des coutumes qui réparent et des traditions qui protègent, que réside le véritable rempart contre le chaos : un savoir né de la terre, pour que plus jamais le sang ne vienne ternir la beauté de nos collines.