HomeBlogs

Université de Kinshasa : L’école de criminologie lance sur le marché son quatrième  diplômé

Joel NZAMPUNGUSun Nov 10 2024

Université de Kinshasa : L’école de criminologie lance sur le marché son quatrième  diplômé

L’école de criminologie de l’Université de Kinshasa a organisé la quatrième défense de master en criminologie, option gestion de la paix et des conflits ce mardi 19 Mars 2024.

Juriste de formation et député provincial, élu de la ville de Kinshasa, Nicolas Wemakoy a travaillé sur  « le conflit entre les Tende et les Nunu dans le territoire de Yumbi, province de Mai-ndombe, en RDC : légitimité du rapport à la terre ».

Selon le récipiendaire du jour, les violences survenues dans la cité de Yumbi ainsi qu’à Nkolo et Bongende  en 2018, entre les communautés Tende et Nunu, ont engendré un lourd tribut en vies humaines et en dommages matériels. Les conséquences de ces affrontements se sont traduites par un bilan tragique avec au moins 351 morts, 133 blessés, la destruction de 85 pirogues, 804 maisons d’habitation et l’incendie de 2 centres de santé. Face à ces évènements d’une gravité indéniable, qualifiés d’inacceptables et de négatifs  susceptibles d’être étudiés dans le cadre de la criminologie, l’intérêt de sa recherche s’est porté sur la compréhension de ces violences en tant que situation problème criminalisée.

Les entretiens exploratoires qu’il a menés avec les différentes parties prenantes, incluant les membres des communautés Tende et Nunu, les représentants des ONG ainsi que certains agents de l’Etat ont révélé que le conflit entre ces deux communautés était étroitement lié à la question de la légitimé du rapport à la terre dans le territoire de Yumbi.

blog-image

Nicolas Wemakoy a mobilisé deux grilles théoriques. L'interactionnisme symbolique pour étudier les interactions sociales entre les différents acteurs impliqués dans un conflit foncier, afin de dégager les significations et les interprétations symboliques et le pluralisme juridique pour appréhender les différents systèmes juridiques et normatifs en présence et leurs implications dans  le conflit foncier à Yumbi.

C’est la méthodologie qualitative qui a été jugée adéquate par le récipiendaire pour cette recherche dans la mesure où, elle permet d’obtenir des acteurs le sens qu’ils donnent à leurs actes. En plus, l’entretien semi-directif lui a permis de recueillir les données de sa recherche. L’échantillonnage de son étude  a été  constitué de quatre groupes dont : 13 Tende, 12 Nunu, 5 responsables des ONG et 3 agents de l’Etat. A l’en croire, son terrain de production des données est constitué du territoire de Yumbi, de la prison militaire de Ndolo, de la ville d’Inongo et de la ville de Kinshasa. Pour analyser les données de sa recherche, Nicolas Wemakoy  a pu recourir à la méthode d’analyse thématique.

En termes des résultats de sa recherche, Nicolas Wemakoy Omokote s’est appesanti sur l’historicité et le dynamisme du conflit de Yumbi, la résurgence des violences : manifestation d’un conflit foncier latent et en fin, le conflit normatif sur la source de légitimité du rapport à la terre de yumbi et les tentatives de son dépassement.

Selon le récipiendaire, le conflit foncier entre les Tende et les Banunu trouve ses racines dans l'abolition de la chefferie Batende en 1943 par l'Administration coloniale, remplacée par le secteur Mistandunga, englobant le territoire de Yumbi et créant deux groupements distincts, l'un pour les Batende et l'autre pour les Banunu.  Et d’ajouter, les Batende voient l'abolition de leur chefferie comme l’élément déclencheur du conflit, tandis que les Banunu considèrent cette mesure comme une solution nécessaire pour éviter les violences entre deux communautés coexistantes au sein d'une même chefferie. Ainsi, ces événements révèlent deux récits contradictoires sur l'origine du conflit, reflétant des perceptions divergentes entre les deux communautés.

Dans cette logique, l'étude menée par Nicolas Wemakoy illustre le caractère dynamique du conflit de Yumbi qui fait que l'identité ethnique devienne plus prééminente lors des périodes de violence, où chaque individu doit s'attribuer une identité, soit Tende soit Nunu, pour légitimer sa position dans la défense des terres. Bien que le conflit soit souvent manipulé à des fins politiques pendant les élections, son essence demeure fondamentalement foncière dans la mesure où les deux communautés revendiquent les terres ancestrales dans le territoire commun de Yumbi. Les Tende se considèrent comme les premiers occupants de ce territoire, hérité de leurs ancêtres avant la colonisation.

 

Tenant compte de ses données empiriques, Nicolas Wemakoy démontre que la source de légitimité du rapport à la terre de Yumbi et les tentatives de résolution du conflit mettent en lumière un contraste entre les normes étatiques, sur lesquelles reposent la légitimité revendiquée par les Nunu, et les normes coutumières, notamment le droit des premiers occupants, invoqué par les Tende. Cette opposition illustre une dualité normative où la terre est perçue soit comme une propriété de l'État, soit comme une propriété des ancêtres.

Pour dépasser ce conflit, Nicolas Wemakoy  suggère d'intégrer le pluralisme juridique et de développer un projet de développement d'intérêt commun transcendant les intérêts individuels, offrant ainsi des droits fondamentaux et culturels aux deux communautés. Les propositions de résolution incluent le dialogue de la base au sommet, la justice étatique et la justice transitionnelle a-t-il martelé.

De ce qui précède, le récipiendaire rappelle qu’il est l'important de reconnaître les droits fondamentaux et culturels des communautés impliquées dans le conflit. Et d’ajouter, « il est aussi impératif de créer des mécanismes qui favorisent une résolution équitable tout en tenant compte des différentes perspectives et revendications ». En intégrant ces approches, Nicolas Wemakoy estime qu’il  est possible de construire un chemin vers une coexistence pacifique et durable, où la diversité culturelle et les droits de chacun sont respectés. Ce dialogue permet selon lui, de progresser vers des solutions plus inclusives et durables pour résoudre les conflits fonciers complexes tels que celui de Yumbi.

Après un échange salutaire entre le récipiendaire et les membres du jury, l’heure du verdict a sonné. Le candidat Nicolas Wemakoy termine son master  avec la mention grande distinction.

Le désormais quatrième diplômé de l’école de criminologie a tenu a rappelé que sa recherche a un double intérêt : un intérêt théorique et un intérêt pratique. Du point de vue théorique, ce conflit peut servir de cas d'étude pour approfondir la compréhension des dynamiques de conflits fonciers dans les contextes de pluralisme juridique. Elle permet également d'examiner la manière dont les perceptions et les identités sont construites, assignées et négociées dans un contexte de conflit, et de comprendre comment les acteurs locaux s'adaptent aux changements sociopolitiques. Du point de vue pratique note Nicolas Wemakoy,  l'étude du conflit de Yumbi peut aider à informer les décideurs et les acteurs du développement sur les déterminants des conflits fonciers dans la région et sur les stratégies pour les prévenir ou les résoudre.

Joël NZAMPUNGU