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De l’équateur à l’Ituri : Le DLS révèle les racines profondes de l’insécurité à Mbandaka et à Bunia.

Joël NZAMPUNGUWed Jan 14 2026

De l’équateur à l’Ituri : Le DLS révèle les racines profondes de l’insécurité à Mbandaka et à Bunia.

De la majesté brumeuse du fleuve Congo, où les eaux de Mbandaka charrient les espoirs de l'Équateur, jusqu'aux terres rouges et tourmentées de l’Ituri, une onde de choc scientifique vient de traverser la République Démocratique du Congo. L’Ecole de Criminologie de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) a déployé ses experts pour ausculter, avec une rigueur sans précédent, les racines de notre insécurité. Entre le phénomène « Kuluna » et les gangs « ULOR », ce Diagnostic Local de Sécurité (DLS) révèle une vérité nue : la paix ne se décrète pas, elle se cultive dans l'alliance entre l'expertise académique et la dignité humaine.

L’excellence académique au chevet de la nation

 

S'il est une institution qui incarne aujourd'hui la fierté de l'intelligence congolaise, c'est bien l'Ecole de Criminologie de l'UNIKIN. Sous l'impulsion visionnaire de son Directeur, le Professeur Raoul Kienge-Kienge Intudi, elle a cessé d'être un simple sanctuaire de théories pour devenir le bras séculier de la réforme des institutions.

Mandatée dans le cadre du Programme d’Appui à la Réforme de la Police (PARP III), cette équipe a transformé la science criminologique en une arme de précision. Ce déploiement stratégique, financé par l’Union Européenne et orchestré avec une maestria opérationnelle par Enabel, l'agence belge de développement, prouve que le partenariat international n'atteint sa pleine efficacité que lorsqu'il s'appuie sur le génie local.

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Le terrain a été conquis par la précision méthodologique : une équipe de l’Ecole de Criminologie de l’Université de Kinshasa, menée par le Professeur Raoul Kienge-Kienge Intudi, a parcouru la ville de Mbandaka et de Bunia. Leur mission ? Non pas apporter une sécurité importée, mais offrir un miroir : le Diagnostic Local de Sécurité pour que les communautés apprennent à soigner leurs propres plaies.

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À Mbandaka et Wangata, l’étude a été portée par deux figures de proue de la sécurité intérieure : le professeur Joël Nzampungu et Me Emmanuel Kabengele. Ces deux experts ont su décrypter, avec une finesse chirurgicale, la sociologie de la délinquance urbaine.

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Simultanément, à Mbunya (Bunia), une autre « paire d’as » a officié dans un contexte d'une complexité extrême. Le Professeur Jean René Mabwilo, éminent expert en sécurité intérieure, et Me Eugène Ngabu, spécialiste reconnu en gestion de la paix et des conflits, ont sondé les profondeurs d'une province meurtrie. Ensemble, ils ont analysé cette hybridité périlleuse entre la guerre résiduelle et le banditisme de droit commun, apportant des réponses claires là où régnaient les doutes.

Janus ou le paradoxe de l'uniforme

 

Le verdict de ces experts est sans appel : notre police nationale ressemble à Janus, ce dieu antique aux deux visages. A Mbunya, le DLS met à nu une « privatisation de la force » alarmante. Des agents formés à la doctrine de la Police de Proximité se retrouvent détournés vers la garde de sites miniers privés, laissant les quartiers périphériques comme Dele ou Hoho dans une vulnérabilité totale face à l'ombre.

A Mbandaka, la « police spectatrice » crie son impuissance. Sans mobilité, sans carburant, l'uniforme s'étiole et perd de sa superbe. Dans ce vide institutionnel, la délinquance juvénile devient l'unique alphabet d'une génération sans emploi. Le « Kuluna » n'est plus seulement un crime, c'est le symptôme d'un corps social à l'agonie.

Enabel : Le pari de la durabilité

 

Il faut ici saluer l'approche d'Enabel. Au-delà de l'appui financier, l'agence a misé sur l'intelligence du long terme : le transfert de compétences. En structurant les Conseils Locaux de Sécurité de Proximité (CLSP), Enabel garantit que ces diagnostics ne finiront pas oubliés dans des tiroirs poussiéreux. Cette vision permet aux autorités locales (Bourgmestres et chefs de quartiers) de reprendre les commandes de leur destin sécuritaire, de manière autonome et durable.

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Cependant, que l'on ne s'y trompe pas : l'expertise de l'Ecole de Criminologie et la rigueur d'Enabel ne sont que des étincelles. C'est à l’État Congolais d'allumer le grand brasier de la réforme. La sécurité de nos citoyens est une prérogative de souveraineté qui ne peut être éternellement sous-traitée aux partenaires extérieurs. La restauration de l'autorité publique exige des actes de rupture :

1.     La fin de la "débrouille" : Un financement propre et direct des commissariats.

2.     Le retour au civil : La réaffectation immédiate des agents vers la protection des quartiers plutôt que des intérêts privés.

3.     La pérennisation du savoir : Un appui inconditionnel aux structures locales (CLSP) nées de cette étude.

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Le rapport final coordonné par le Professeur Raoul Kienge-Kienge est bien plus qu'un document administratif : c'est un phare qui a désormais tracé le chemin. Il appartient aux dirigeants congolais de transformer cet essai scientifique en une réalité sociale. Si la science de l'UNIKIN et le soutien d'Enabel ont allumé la mèche de l'espoir, seul l'engagement politique de l'État pourra transformer cette lueur en une lumière durable, protégeant chaque citoyen, de Mbunya à Wangata, sous le ciel de notre grand Congo.