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« Bana-base » ou terroristes à Kikwit? Le verdict scientifique de Me Matangwa qui réhabilite l’humain face à la matraque.

Joël NZAMPUNGUSat May 16 2026

« Bana-base » ou terroristes à Kikwit? Le verdict scientifique de Me Matangwa qui réhabilite l’humain face à la matraque.

Le 14 mai 2026, l’horloge de l’Ecole de Criminologie de l’Université de Kinshasa a marqué un temps d’arrêt. Dans sa bibliothèque silencieuse, une joute oratoire d’une intensité rare s'est déroulée, marquant l'avènement d'une nouvelle intelligence au service de la nation. Me Emmanuel Matangwa a défendu avec brio son mémoire de Master en criminologie, option Sécurité Intérieure, s’inscrivant désormais au panthéon des chercheurs d’élite de cette institution de prestige.

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Le 14ème mousquetaire de la « colline »

Depuis la création de cette école d'excellence, le chemin vers le diplôme est un véritable parcours du combattant. Ils ne sont que quatorze à avoir franchi la ligne d'arrivée. Me Emmanuel Matangwa devient officiellement le 14ème diplômé, rejoignant cette garde rapprochée de la science capable de décortiquer les situations-problématiques de la société congolaise.

Sous la direction du Professeur Raoul Kienge-Kienge, dont la rigueur est aussi légendaire que sa clairvoyance, le candidat a présenté un travail d'une profondeur chirurgicale intitulé : « Les perceptions de l’insécurité urbaine liée au phénomène « Bana base » à Kikwit : entre terrorisme et modalités de résilience ».

A l’en croire, le phénomène « Bana Base », apparu en 2018 à Kikwit, est le jumeau du « Kuluna » kinois. Pour Me Matangwa, la « Base » n’est pas qu’un repaire de délinquants, c’est un espace de vie. Dans un contexte de marginalisation extrême, ces jeunes de 15 à 24 ans s'inventent une identité (rastas, tatouages) pour exister là où l'Etat et la famille ont démissionné. Alors que depuis 2024, la justice militaire qualifie leurs actes de « terrorisme » pour justifier une répression aveugle, Me Matangwa dénonce une erreur de perspective. Pour lui, il s'agit d'une « situation-problème » qui demande de l'empathie plutôt que des menottes.

Le face-à-face avec les membres du jury

L'essentiel de cette défense s'est joué dans un dialogue musclé entre le candidat et un jury d'une exigence redoutable. Les échanges ont débuté par une offensive frontale sur la moralité même de l'objet d'étude. La délinquance : vice ou résilience ? Le Professeur Oscar Shamba a frappé fort d'entrée de jeu : la délinquance peut-elle être une « compétence » ou une stratégie acceptable ? N'est-ce pas une simple auto-justification des jeunes ? Me Matangwa a répliqué avec une sérénité désarmante : « La violence n'est pas une compétence choisie, mais une réponse aux difficultés sociales. Les jeunes ne cherchent pas à se justifier pour le plaisir, ils expriment un besoin social profond. Pour eux, la violence est le seul moyen de survie dans un contexte d'exclusion ».

Poursuivant sur cette lancée, le débat a glissé du terrain moral vers les hauteurs de l'épistémologie pour tester la cohérence de la pensée du récipiendaire. Le Professeur Oscar Shamba a ensuite relevé une tension entre la théorie de l'acteur social (compréhension) et la résilience (explication). Sans sourciller, le candidat a admis la nuance, tout en démontrant avec brio que le sens que les jeunes donnent à leurs actes (acteur social) est précisément celui d'une adaptation forcée à un environnement hostile (résilience). Cette démonstration a permis d'ouvrir la voie à une critique acerbe de la réponse institutionnelle actuelle.

Le terrorisme : une qualification erronée ? La question de la Professeure Irénée Mvaka était délicate, touchant presque au politique : pourquoi juger ces jeunes devant des tribunaux militaires pour terrorisme ? En réaction, Me Matangwa a précisé que cette qualification est juridiquement erronée. Elle découlerait d'une directive invisible attribuée au ministère de la Justice car les juridictions civiles étaient jugées trop laxistes. Pourtant, malgré ses recherches, aucune circulaire officielle n'a été retrouvée. On traite un problème social par une panacée sécuritaire sans fondement a-t-il déploré.

Une fois l'erreur judiciaire mise à nu, le jury a cherché à comprendre la genèse sociopolitique de cette gangrène urbaine à Kikwit. Interrogé sur l'explosion soudaine du terme « Base » à Kikwit, le récipiendaire n'a pas mâché ses mots :le terme a été détourné du discours politique (consulter sa base). Les jeunes se sont approprié l'expression. Plus grave, certains politiciens instrumentalisent ces groupes pendant les élections avant de les abandonner ou de les faire libérer de prison par clientélisme. Cette franchise a forcé le jury à interroger l'identité même de son travail de chercheur. Le Professeur Mpiana Tshitenge s'est alors demandé si cette approche qualitative et interactionniste n'était pas « trop » sociologique. Me Matangwa a défendu avec vigueur l'originalité de la criminologie de la réaction sociale. Convaincu, le jury a finalement salué la solidité des références et le courage d'avoir donné la parole aux jeunes eux-mêmes plutôt que de s'enfermer dans les froides statistiques policières.

Pour clore ce duel intellectuel, le jury a voulu s'assurer de la robustesse de la méthode utilisée pour aboutir à de telles conclusions. Le Professeur Mpiana Tshitenge a prévenu que la démarche inductive (partir du terrain) peut être fragile. Me Matangwa a conclu en démontrant que ses hypothèses ne sont pas nées dans un bureau climatisé, mais se sont consolidées par des entretiens croisés (policiers, jeunes, habitants), garantissant une représentativité scientifique inattaquable.

La solution : l'approche AHPER

Plutôt que la matraque, Me Matangwa propose le remède de l'Ecole de Criminologie de l’Université de Kinshasa : l'approche AHPER (Accompagnement Holistique de Proximité et d'Émancipation pour la réinsertion socioprofessionnelle des jeunes). Il s'agit de traiter le jeune avec empathie, de favoriser sa réinsertion économique et de restaurer le dialogue avec une police qui doit redevenir une institution de protection et non un adversaire de ring.

Après délibération, le jury a rendu son verdict : Grande Distinction. Ce succès vient saluer non seulement le génie de Me Emmanuel Matangwa, mais aussi le sérieux de l'Ecole de Criminologie de l'Université de Kinshasa, véritable laboratoire de paix sociale. Ce mémoire dirigé par le Professeur Kienge-Kienge prouve qu'entre le terrorisme (imaginaire ou réel) et la résilience, il existe un chemin : celui de la science.

Me Emmanuel Matangwa, désormais 14ème diplômé de l'histoire de l'école de criminologie de l’Université de Kinshasa, entre dans la cour des grands. Pour Kikwit et pour la RDC, l'espoir d'une sécurité humaine vient de gagner un solide défenseur.